Un petit article vu dans "Les nouvelles" justement sur Dieudonné :
ANKAZOBE-ALASORA
Quand le fer est forgé…
( Enquête du 19/1/2009 )
Le fer blanc fait le renom d’Ankazobe-Alasora. C’est un quartier un peu éloigné de la capitale, situé à l’est d’Antananarivo, à environ une demi-heure du centre ville. Au bord de la route digue qui mène à Ambohimanambola, au milieu d’un champ de rizière, est installée une gentilhommière tronconique. A une vingtaine de mètres de ce petit château, on entend déjà crépiter les marteaux des ferronniers. A l’entrée, les articles de décoration en fer qui jonchent le sol frappent la vue: baobabs, abat-jours bustes, luminaires, miroirs, etc.
C’est là, dans ces amas de fer blanc, récupérés et retravaillés, que se trouvent l’atelier, le show room et la demeure de Donné Vy, Dieudonné Razafinjatovo de son vrai nom et de sa petite famille. Un artiste doublé d’un humaniste. Il s’est installé dans cette case pleine d’amour et de pitié après avoir décidé de prendre pour épouse Violette Ralalaseheno, un nom bien connu dans le monde de l’athlétisme, parce qu’il s’agit bien de la championne d’Afrique Junior de demi-fond.
Esprit de fer
«Donné Vy» est un surnom qu’ Olombelo Ricky, un ami de longue date du fer blatier, lui a collé. «Je l’ai appelé ainsi en référence à ses activités professionnelles et à l’état d’esprit qu’il développe dans son projet», explique le chanteur. Donné Vy peut être également écrit et interprété de manière différente en fonction du sens voulu. «Donné Vi», pour reprendre l’initiale du couple ou encore «Donné Vie».
Le couple Donné Vi a mis au monde quatre enfants, Finoana, Fitiavana, Fanantenana et Fahasoavana, (ndlr : littéralement Foi, Amour, Espoir et Prospérité), qu’il abrège en «4F». «4F», c’est le principe selon lequel le couple gère la ferronnerie. «4F» est un état d’esprit mais aussi un objectif. C’est aussi un devoir vis-à-vis de l’humanité.
Le show room et les articles de décorations étalés dans la cour ne sont en effet qu’une apparence. Derrière le manoir, on découvre des hommes en sueur avec des vêtements crasseux, des femmes avec des mains sales et des habits malpropres et raccommodés ainsi que des enfants morveux. Ce sont des gens issus probablement d’un milieu défavorisé. Ils travaillent pour «Donné Vie».
Aucun diplôme
Ils ont été recrutés selon des critères de recrutement particuliers et insolites. Formels et intransigeants, Violette et Dieudonné exigent que leur futur employé soit issu du milieu défavorisé, n’ayant aucun diplôme ni aucune qualification. Etre femme ou handicapé est un atout majeur. Une autre différence par rapport aux recrutements des employés dans les secteurs secondaire ou tertiaire, le cadre où se tient l’entretien d’embauche. Cela peut être dans les rues, ou n’importe quel endroit inimaginable.
La philosophie du couple est la suivante. «Dieu a donné la vie à tous les êtres humains. Il a donné à chacun de nous un corps, une tête et des membres. Le sang qui coule dans nos veines est de même couleur. Or, pourquoi y a-t-il des personnes tellement riches qu’ils n’ont plus de souci et des gens très pauvres, vivant dans une situation très précaire ?», «notre objectif est en effet de combler autant que possible ce fossé qui sépare les riches et les pauvres», explique Donné Vy.
400 bouches à nourrir
Environ 400 personnes, soit 120 familles, vivent sous les auspices de Dieudonné et Violette Ralalaseheno. 40% d’entre elles sont des femmes. Elles sont toutes issues de milieux défavorisés. Dans cette communauté de gens démunis, seulement 30% sont productifs et indépendants. Le reste est sur le point de devenir autonome, pour ne pas dire qu’ils constituent encore une charge pour le couple.
Bon nombre de gens sont illettrés. La plupart n’ont même pas décroché leur premier diplôme de l’école primaire. Il y a, parmi eux, des toxicomanes, des femmes abandonnées, des personnes handicapées, des mendiants et même des prostituées. «Ce sont des personnes rejetées par la société, par leurs familles et récupérées ensuite par le couple», témoigne Jean Bruno Randriahalison, un des collaborateurs de Donné Vy.
Pourquoi avoir choisi de les aider? «Parce qu’en réalité, ils n’ont pas un endroit où se loger», explique Dieudonné Razafinjatovo. En les recrutant, le couple veut leur offrir une chance de s’en sortir dans la vie, les intégrer à nouveau dans la société active et leur donner un espoir de vivre en tant qu’être humain digne de cette qualification.
Le fer Un héritage familiale
Les Nouvelles : Comment êtes-vous arrivé dans le métier ?
Dieudonné Razafinjatovo (-) : En fait, j’ai hérité de ce métier de ferblantier de mon père. Avant de m’impliquer vraiment dans ce monde, j’ai travaillé comme éducateur physique vacataire à l’Université d’Antananarivo. J’ai quitté ce travail, lorsque j’ai décidé de me marier. En 1996, est arrivé le projet «action pour le développement de l’Artisanat» (Adeva). J’ai participé à la «formation design et création», offerte dans le cadre de ce projet. J’ai décroché par la suite une bourse de six mois à l’étranger. A mon retour, j’ai commencé à appliquer les formations que j’ai obtenues. Les premiers articles que j’ai fabriqués, ma femme les a vendus accidentellement, au marché de l’artisan des 67ha.
Et les œuvres humanitaires…
-Lorsque les commandes étaient trop nombreuses, j’ai dû former cinq hommes pour m’aider. Notre travail s’effectuait dans une ambiance très amicale, lorsqu’un jour, l’un d’entre eux m’a posé la question sur le sort de leurs femmes et des leurs enfants. Ma femme de son côté, en se déplaçant fréquemment à l’étranger, notamment à La Réunion, a découvert que les réunionnaises participaient beaucoup à la vie active. Elle m’a demandé pourquoi ne pas également offrir aux femmes malgaches l’opportunité de travailler. C’est à partir de là que nous avons commencé à recruter les femmes et à nous occuper des épouses et enfants de nos employés.
On vous qualifie actuellement d’être le père «Pedro 2»
-Ce qui différencie notre activité humanitaire de celle de père Pedro est que nous ne bénéficions d’aucune aide extérieure. Tout dépend de nos efforts, de notre travail et de notre détermination. En fait, nous n’acceptions pas les aides qui demandent des contreparties. Parce que nous agissons vraiment avec le cœur.
5 millions d’ariary par semaine
Le plan financier est encore autre chose. Chaque employé doit être payé chaque semaine. Le salaire mensuel des gens dépasse pourtant le Smig. Les débutants touchent entre 3 000 et
4 000 ariary par jour. Les qualifiés gagnent au minimum
60 000 ariary par semaine. Et avec les autres charges qu’il doit couvrir pour leur nourriture et leur santé, Dieudonné Razafinjatovo doit débourser au moins cinq millions d’ariary chaque semaine.
Les 400 bouches doivent également être nourries chaque jour. Leur approvisionnement en riz par semaine plafonne à 3 tonnes. Pour alléger justement cette charge, le couple a mis en place un silo et une machine décortiqueuse, l’an passé. La machine est déjà sur place, elle a coûté plus de 8 millions d’ariary. Mais le silo n’a pas pu aboutir, pour diverses raisons.
Conséquence, la plupart du temps, Violette Ralalaseheno doit se déplacer à l’étranger pour trouver de nouveaux débouchés. Elle est souvent partagée entre les foires internationales et la gestion de la famille qu’elle a déjà adoptée comme sienne et qui reste tout le temps sous sa dépendance. «Le marché local de l’artisanat et particulièrement des objets de décoration en fer blanc, ne rapporte presque rien. Il fallait donc trouver ailleurs».
Pour ces œuvres de bienfaisance, elle sacrifie beaucoup. La vie familiale et le soin corporel, d’abord. Violette ne met même pas de vernis à ongles, ses oreilles ne sont pas ornées de boucles. Son mari, pour sa part, n’a plus l’habitude de mettre des chaussures, même dans la capitale. Les belles voitures, le couple n’en a pas. Leurs enfants ne fréquentes pas les écoles prestigieuses. Les travaux de finition de leur château tardent à se réaliser…. Il ne reste plus de la fortune de cette petite famille que le cœur et l’âme.
Une école…
L’éducation est une priorité des priorités, aussi bien dans le pays qu’au niveau de la société de fer d’Ankazobe-Alasoara. Ainsi, le couple Razafinjatovo a également eu l’idée de créer une école pour les enfants de leurs collaborateurs. Fondée en 2004, cette école compte actuellement 180 élèves, avec quatre classes parallèles. La première promotion est déjà en CM1.
«L’objectif est de pousser et d’encourager les enfants, issus de familles démunies, à aller beaucoup plus loin», explique Cécile Razanamaniraka, la directrice de l’école. Ainsi, il n’est pas uniquement question de savoir-faire, mais aussi de savoir-vivre. L’espoir repose surtout sur les enfants et non sur leurs parents.
Au début, les élèves étaient des véritables «4’Mi», témoigne une maîtresse de l’école. Mais la magie a opéré au fil du temps. Ils sont devenus actuellement de bons élèves, bien éduqués. Ils apprennent même à leurs parents le savoir-vivre. «Il y a en effet un peu de chance pour que leurs parents se détournent de leur mauvaise habitude, c’est pourquoi, nous donnons accès à l’éducation à ces élèves», explique Violette Ralalaseheno.
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De retour en France...hélas...(mais contente d'être parmi vous!)