Majunga
Je reprends mes marques en ville, et m'installe dans un quotidien Majangais. Je visite cette cité de long en large, parcourant à pied les quartiers et les marchés, surtout Tsaramandroso et Mahabibo. Partout le contact est agréable, souvent souriant, jamais agressif.
Au delà de la piscine, un endroit charmant, le "Jardin d'Amour" donne une belle vue sur la ville au coucher du soleil.
Un concert de la chanteuse Chila était annoncé pour le 15 juin à la Maison de la Culture. J'y suis allé, affublé de tout mon matériel photo. Mais une foule très nombreuse était venue, et lorsque je me suis approché de la scène, une bousculade s'est produite, j'ai entendu dire "attention à votre sac", mais mon filtre polarisant s'était déjà évaporé. J'ai porté la main à ma poche revolver, juste à temps pour rattraper mon portefeuille entièrement sorti de ma poche ... Je n'ai pas insisté et ai quitté les lieux, en me promettant d'être plus vigilant lors des animations publiques, c'est pourquoi il n'y a pas de photos de la foire du Boeny, ni de la fête de la musique. Pour celle ci un grand podium avait été dressé sur le bord de mer face à l'Alliance Française, la fête avait vu grand : une cinquantaine d'interprètes et de groupes devaient se succéder, dans différents genres musicaux. C'était souvent de bonne qualité, mais mes oreilles n'ont pas apprécié l'énorme sono crève tympans, et j'ai préféré me promener le long du bord de mer pour découvrir par ci par là des jeunes très sympathiques se débrouillant avec des instruments de leur fabrication.
La foire du Boeny, elle, s'était installée tout en bas du boulevard de bord de mer, bien organisée en une cinquantaine de stands, commerciaux et officiels de la région. Un podium servait aux présentations et animations par des groupes locaux, et le soir du cinéma malgache était projeté sur un grand écran en plein air. Cette foire attirait vraiment beaucoup de monde, jour et nuit, et il devenait difficile le soir de trouver à s'asseoir sur le muret du bord de mer, jusqu'au point d'orgue du 26 juin, la fête nationale.
Mais là ça a été un flop complet au niveau des animations : la retraite aux flambeaux s'et résumée à quelques enfants marchant derrière un camion, il y avait bien plus de lampions dans la foule. Ensuite il y a eu le "feu d'artifice", je mets des guillemets parce c'était vraiment loupé : une fusée ou un petit bouquet de pétards toutes les 30s ou 1 minute, la plupart des fusées mal réglées tombaient à la mer avant l'éclatement de la tête ... Rien à voir avec un superbe spectacle que j'avais vu à Fianar. Pour le lendemain la mairie avait prévu une course de pousse-pousse sur le bord de mer à 16h. J'y suis allé, et n'ai rien vu : la course avait eu lieu à 15h devant l'hôtel de ville ! J'ai appris qu'il n'y avait presque pas de spectateurs, personne ou presque n'était au courant.
Mais que de monde dans les rues durant ces quelques jours! Deux soirs la circulation avait été interdite sur le front de mer, du baobab au jardin des filaos, et une foule compacte circulait sur les deux voies, tout Majunga devait être là !
Majunga est vraiment une ville charmante où l'on a plaisir à vivre, mais ses faubourgs manquent vraiment de nature agréable. Heureusement qu'il y a Katsepy que l'on atteint en 45 minutes de bac, en traversant la Betsiboaka. J'y irai trois fois. La première fois, tout seul, je me suis promené longuement sur les bords de la mangrove à marée basse, croisant des gens souriants mais ne parlant pas français, puis revenant par une plage (un peu encombrée de détritus végétaux) bordée de cocotiers. J'ai déjeuné au fameux restaurant "Chez Madame Chabaud", dont la réputation n'est pas usurpée : mes papilles se souviennent encore avec émotion du filet de mérou à la fondue de poireaux ... suivi d'une sieste dans leur meilleur fauteuil, j'étais le seul client. Pendant que j'attendais le bac pour le retour j'ai assisté à la préparation des zébus pour les emmener en pirogue à voile jusqu'à Majunga. Les éleveurs commencent par tresser des cordes à l'aide de feuillages, ainsi que des grosses nattes protégeant les zébus du bois. Puis à l'aide de cordes il sortent un zébu du corral et se débrouillent pour le faire tomber par terre avant de le ficeler. De temps en temps l'un d'eux se libère et tout le monde s'écarte en rigolant avant de le rattraper. Puis, tirant, poussant le zébu est hissé dans la pirogue. Malheureusement le bac est arrivé puis reparti en m'emmenant avant que j'ai pu voir la fin de l'opération.
Le bac, un solide bateau basque, est bondé à chacun de ses voyages, et lorsqu'on n'embarque pas dans les premiers on s'assied où l'on peut, souvent sur des marchandises, ou bien on reste debout. Normal : le bac transporte tout ce qui veut se rendre du nord au sud (ou inversement) sur la côte ouest. Le mécanicien (c'est lui qui précise!) qui le pilote est très sympa et discute volontiers lorsqu'on le rejoint à la barre.
Mon second passage, en compagnie de Lionie, m'a permis d'aller jusqu'au phare. L'aller par la plage est très plaisant, et particulièrement beau lorsqu'on atteint les petites falaises ocrées que l'on voit depuis Majunga. J'avoue que le site m'a plus plu que le Cirque Rouge. Pique nique au pied du phare en compagnie du gardien avec qui nous partageons notre repas, et retour par un chemin dans les terres, guidés par l'épouse du gardien. La végétation n'est pas très abondante, essentiellement des dracenas (?), mais en approchant de Katsepy il y a plusieurs lacs avec de grands arbres. Mais l'heure du bac approche.
Troisième visite de Katsepy, avec Sonia. J'ai envie d'aller voir de plus près les lacs aperçus la fois précédente, et je trouve des sites qui valent la balade, avec de grandes futaies, une belle végétation, autour d'un lac en particulier, assez grand, duquel jaillissent par moment de grosses choses que je n'arrive pas à déterminer. Nous rencontrons un homme en train de couper du bois, qui se présente comme étant le "gardien-guide" (?) du lieu. Il nous dit qu'il y a une faune très importante autour du lac, y compris des crocodiles, mais que l'heure n'est pas favorable à l'observation. Je pense qu'au cours d'un prochain voyage je passerai une nuit à Katsepy pour être ici aux aurores. Déjeuner chez Madame Chabaud, cette fois c'est pavé de filet de zébu, fondant comme du beurre. Et sieste sous les cocotiers.
Depuis l'année dernière j'en rêvais : descendre la Betsiboaka en pirogue de Marovoay à Boanamary. Donc taxi brousse de bon matin, avec Sonia, arrivée à Marovoay à 10h, et recherche de qui pourrait nous emmener. Les piroguiers ne sont pas habitués à cette demande au pied levé, mais finalement, grâce à l'aide d'une journaliste locale, on nous met en rapport avec un piroguier, "pirogue spéciale", en mesure de nous emmener moyennant une somme rondelette. Et l'attente se prolonge : il faut préparer la pirogue, et surtout trouver de l'essence. Nous quittons Marovoay à 12h30. Et la déception m'attend : malgré toutes les recommandations de la journaliste quant à mon souhait de voir le maximum de faune et de flore, le piroguier trace au plus court, souvent au milieu d'un fleuve de plus en plus large, sans jamais emprunter les dérivations latérale. Il est "pirogue spéciale" pour nous transporter d'un point à un autre, un point c'est tout ! Dommage ... Angelo que j'avais prévenu nous attend à Boanamary avec son taxi pour nous ramener à Majunga.
Pour ma dernière nuit à Majunga j'avais cédé aux insistances de Florent, le responsable de la résidence Jules Ferry où je logeais, et je suis allé passer la journée et la nuit à Antsanitia, son chef d'oeuvre. Mais ça n'a pas été mon coup de coeur : que ce soit la côte ou la terre, je n'y ai vu qu'une nature très banale, sans charme. Quant à l'établissement, il m'a paru tellement artificiel, tellement déplacé, que je n'ai pas trouvé de plaisir à y résider.
Et c'est le retour, avec une soirée et une nuit à Tana, qui m'ont permis de trouver in fine les cadeaux que je cherchais pour mes amis, au marché artisanal de la digue, un must pour les achats souvenir de dernière minute.
Fin de ce quatrième voyage, différent encore des précédents, avec de nouveaux coups de gueule (Angap, taxi brousses), de nouveaux coups de coeur (Betania, Nosy Komba), et un attachement de plus en plus marqué pour ce pays. Depuis mon retour je n'arrête pas d'y penser, d'en rêver. Je crois qu'il est temps que j'envisage plus d'un voyage par an .....