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On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007

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Robinson
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MessageSujet: Re: On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007   Mar 9 Oct - 15:10

Merveilleux écrits qui réflêtent tant ce que l'on ressent !

je te remercie de parvenir à le dire, l'écrire ...avec des mots !

_________________
J'ai le mal du pays pour un pays qui n'est pas le mien ...
(A. David-Neel)


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MessageSujet: Re: On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007   Lun 17 Déc - 12:22

Le Silence des Sakalava

Nos guides arrivent enfin et nous expliquent la raison de cette longue attente. Sur le fleuve, c’est toute une aventure qui a eu lieu : le bac, bloqué par un haut-fond, a dû être débloqué par un autre, revenir à son point de départ, être débarrassé de son chargement, lequel a dû être chargé sur un autre bac et c’est celui-ci qui débarque sur la berge où nous apprenons à patienter. Qu’elles sont loin nos angoisses de vols et de tromperie, celles des propriétaires qui ont des biens matériels à perdre et qui, malgré tous leurs efforts pour rester purs et développer leur spiritualité, leur sont inévitablement, fatalement attachés. Nous retrouvons le visage rond et doux de Hary, avec ses yeux un peu fuyants d’homme timide, qui se demande sans cesse s’il ne commet pas quelque maladresse, tant notre appréhension du monde est différente de la sienne, même si son métier de guide la lui rend de plus en plus familière, sinon sienne, le confrontant lui aussi à l’étrangeté de l’autre, et par ces allers et venues entre les mondes, lui faisant partager tous les voyages de celles et ceux qu’il est amené à rencontrer. Déjà, le sentiment profond de l’estime et de la reconnaissance s’inscrivent en nous, faisant surgir la question : « Comment le remercier ? », épineuse question sur laquelle mon compagnon et moi nous opposeront.

Nous reprenons la piste rouge. Une surprise nous attend au village Belopaka où Hary et Mam nous laissent pour le déjeuner : nous mangeons l’un des meilleurs plats de notre vie. Les termes du menu, dans le style énigmatique des plus grands restaurants français, ayant pour décor ce village qui ressemble à un bidonville ondulant sous la chaleur, au milieu des savanes semi-désertiques et des forêts d’aloès séchées par le soleil, nous fait sourire : Camarons à l’ail et queues de langouste grillées à la mousse de beurre avec leur garniture de légumes. Mais en dépit de tous les anachronismes, ce sera donc ici, sur cette terrasse aux modestes tablées de bois et aux mouches qui nécessitent l’emploi exclusif d’une main en guise d’éventail et de disposer des clous de girofle autour de notre assiette, que nous, Français, vivrons l’un des plus grands moments gastronomiques de notre vie, tant cet art doit sa magie aux accessoires qui l’accompagnent : un lieu et un moment sauvages, le soulagement après le sentiment d’abandon en pays âpre et inconnu. Suite à nos questions empressées, nous apprenons que le chef malgache s’est formé dans plusieurs restaurants étrangers. Malgré mon envie, et pour ne pas risquer de détruire la poésie de cette surprise inconcevable, je n’ose pas visiter les cuisines, de crainte de découvrir dans quelle ordure le raffinement a pris naissance, puisque - quand bien même j’y découvrirais des tables de travail faites de l’inox le plus brillant et le plus désinfecté qui soit - plus que le désir d’être confortée dans cette idée (qui ne saurait être complètement fausse, généralement parlant) c’est le désir d’émerveillement qui me motive.

Nous repartons, euphoriques et bienheureux élus choisis par la magie de ce lieu et de ses êtres, conscients qu'elle n'a pas touché tout le monde, en entendant une blanche se plaindre de toute cette attente, des mouches, de la chaleur. Chez elle, le désir d’émerveillement a cédé le pas à d'autres désirs, parfois plus forts, plus ancrés en nous, par exemple celui de réduire le monde à l'idée qu'on s'en fait, une fois qu'on a situé en lui l'explication à toutes nos frustrations et nos échecs, ou bien celui, à l’autre bout de la gamme des a-prioris, du plaisir brut, qui doit nécessairement découler du voyage. Ainsi les êtres transportent-ils avec eux leur personnalité où qu'ils aillent, masquant la spécificité d'un lieu par les caractères inamovibles qui les aveuglent, démontrant une fois de plus que les grandes lois qui régissent l’humanité sont les mêmes où qu’elle se transporte, quelque voyage qu'elle entreprend, et que seuls les paysages, les lieux, les circonstances changent autour d’elle, comme me l’a également illustré une scène que j’ai vécue à Morondova, en observant une figure bien connue de toute voyageuse : le touriste sexuel.

Ni très dégarni, ni très ventripotent, normal en somme, il était attablé dans ce grand hôtel recommandé par tous les guides, face à une jeune malgache embarrassée par la vision que donnait leur couple improbable et silencieux. Et que pouvaient-ils se dire, en effet, au cours de cette comédie inutile, ce prélude convenu à des ébats sordides ? Si tant est que l’homme aurait voulu se confier à sa compagne de quelques heures, il se serait également heurté au hérissement de la jeune malgache, que je ressentais depuis mon poste d’observation, à quelques tables de la leur. La raideur mutique et butée de celle-ci laissait présager toute la violence de leur futur accouplement. De temps en temps, elle jetait un regard autour d’elle et pourtant ce regard était bien aveugle, de ces regards peut-être, qui ne voient que ce qu’ils veulent voir, car j’avais les yeux posés sur leur couple depuis plus longtemps que ne le permettaient les codes de la vie en société. Etait-ce pour détecter la présence d'un témoin, ou pour chercher un ultime échappatoire ? Mais qui aurait pu la sauver de la loi de l’offre et de la demande ? De la Loi du plus fort, que le libéralisme étend à tous les peuples, toutes les cultures, sans le discernement d’une éthique qu’il ne possède pas ? Je les observais, consciente de me trouver à l’un des angles d’un sinistre triangle : le touriste sexuel, la jeune fille pauvre, l’observatrice impuissante. Et pourtant, tandis qu’aujourd’hui je tape ces mots sur mon clavier et que revient en moi la même révolte devant cette scène, alors que cette jeune fille n’a déjà plus de visage, que ce pays appartient à mes souvenirs, et que l’horizon ne se déroule plus sans fin au-delà de l’océan, mais se cache quelque part derrière ces immeubles qui m’entourent, je prends conscience que si j’avais été celle que je rêve d’être, je me serais levée, je serais allée voir cette jeune fille et je lui aurais payé le prix de sa nuit de passes, une somme sans doute dérisoire pour moi. Ainsi, je lui aurais peut-être épargné quelques nuits de souffrance. Et comme tous les êtres désintéressés qui nous ont fait du bien, j’aurais peut-être réussi à faire s'incliner son chemin. Mais voilà : comment agir ? Quelle preuve apporter à ma certitude ? Où lui donner discrètement cet argent ? Et devant cette accumulation de difficultés, je n’ai pas voulu risquer d’être ridicule, je n’ai pas voulu créer un esclandre, je n’ai pas voulu contrarier mon compagnon, fatigué de mes constatations sur les injustices et les réalités terribles que nous devons enjamber à chaque pas. Mais aujourd’hui, dans le silence et le calme de mon bureau, alors que je m’interroge sur le bien ou le mal de mon attitude, je ne cesse de regretter mon choix.

La piste rouge nous bringuebale et emporte nos cœurs et nos corps lourds d’interrogations et de remords et d’erreurs et de ratés, où nous vieillissons parfois en quelques secondes, d'un souvenir.

Où, quand finit la piste ? Les heures filent et ce sont toujours les mêmes secousses et les mêmes heurts qui nous secouent et nous cognent et nous malmènent dans un bruit de moteur incessant ; notre boîte à moteur continue follement son chemin, de plus en plus rouge, de plus en plus poussiéreuse, où ne sommes plus que diables désarticulés, poupées de chiffon ; nous avons perdu la notion du temps, notre conscience s’est recroquevillée sur elle-même, autour d’un seul objectif : ne pas souffrir ; tout notre être est dans un état de veille et ne s’applique plus qu’à résister aux coups ; notre conscience a sombré et nous ne faisons plus qu’un avec la piste rouge et douloureuse. Quand brusquement, tout s’arrête.

Hary a dû couper le moteur. Nous descendons, sonnés : Que pasa ? Où sommes-nous ? C’est alors que nous la voyons : devant nous s’élève la porte qui mène au domaine sacré du pays sakalava : les falaises des Tsingy au pied desquelles coule le fleuve Manombolo.

Le silence est total.

La majesté du karst, ce paysage qui se forme dans les roches solubles, et qui dresse ces murs de calcaire grandioses, se dresse et se découpe, formidable, dans le soir qui tombe, tandis que la file des autres voitures de touristes nous rejoint dans le même silence effaré, puis recueilli. Personne ne parle, hormis les Malgaches habitant le village et qui nous préparent un bac pour que nous puissions traverser le fleuve. Mais leurs paroles et leurs gestes, nés dans ce lieu, en harmonie avec lui, ne troublent aucunement la splendeur naturelle, grandiose et divine, qui nous a saisis. Fourbus, nous n’avons aucune pensée, aucune résistance à lui opposer. Et l’éternité nous emplit tout entiers. Son silence se déploie dans nos corps et nos âmes et nous lave de toutes nos douleurs, comme un bain aux vertus célestes. Nous contemplons la haute muraille hérissée de jungle qui se dresse devant nous, le fleuve qui coule immobile, sans une ride, le crépuscule qui délivre l’horizon. Ne doit-on pas entrer lavée de tous ses péchés dans un domaine sacré, pour en recevoir la parole divine ?
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chantal1303
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MessageSujet: BRAVO PIMPRENELLE   Lun 17 Déc - 12:55

Comme toujours très belles phrases avec beaucoup d'émotions et d'amour ;
nous aussi nous avons vu de nombreux couples de messieurs d'un certain age avec de magnifiques jeunes filles et ils se croyaient aimés les pauvres .
C'est à Nosy Be ( nous n'y sommes restés que 2 jours) que j'ai été le plus révoltée devant ces vieux et ces belles couvertes de bijoux et de beaux vètements .
Mais malheureusement ça existe dans tous les pays ; ce qui est lamentable c'est que des messieurs vont exprès à madagascar ( ou ailleurs ) pour ce type si particulier de visite du pays .
L'un d'eux ( à qui on ne demandait rien et à qui on a fini par dire ce qu'on pensait pas très gentiment , mais peut etre que mon mari , avec sa " vielle femme" faisait pitié ....) DISAIT QU'AVEC 6 EUROS ( ET IL PAYAIT BIEN ) IL POUVAIT AVOIR LA FILLE POUR 24 HEURES !

Lamentable !!!!! car en plus il en était fier, avait bien négocié !!!
C'est là que nous lui avons dit que ses histoires ne nous intéressaient vraiment pas
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Chantal
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MessageSujet: bravo Pimprenelle....   Mer 19 Déc - 12:25

Pimprenelle,

Tu es une artiste!!!

Tu arrives à mettre de la peinture et du vernis avec tes mots pour "magnifier" ce merveilleux pays;encore une fois ,merci!
Les descriptions sont plus vraies que nature...
Pour la plupart d'entre nous,nous sommes aussi en colère devant l'étalage du tourisme sexuel;hélas pas seulement qu'a Mada..
Nosy Bé devient la honte de ce pays...
Dépèchons nous de sauvegarder Ste Marie et bien d'autres endroits magnifiques.
Ce mal est chronique et touche tous les pays avec le tourisme de masse..
Cette conscience dont tu te fais porte parole dans ton récit nous touche tous..
Nous ne condamnons jamais assez et souvent détournons nos regards a la vue de cela...
Merci encore pour ce très beau texte..

Cordialement Yves
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Robinson
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MessageSujet: Re: On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007   Mer 19 Déc - 12:58

Je me joins tout à fait aux propos d'Yves !
Magnifique texte dont j'attends la suite avec impatience.
Par contre, comment agir à notre niveau pour préserver Ste Marie ?
Je pense que nous sommes impuissants !

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MessageSujet: Re: On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007   Mer 19 Déc - 13:24

Je ne suis pas Pimprenelle mais nous partageons sûrement le même esprit... (qui lui n'a ni corps ni pseudo...)

Je suis en train de lancer un message sur le tourisme sexuel pour rassembler les infos utiles à ce sujet. Je vous y donne rendez-vous.

Et... merci beaucoup ! Vos encouragements me touchent.
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Robinson
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MessageSujet: Re: On y était ! Du 16 août au 15 septembre 2007   Mer 19 Déc - 14:08

Une idée peut-être saugrenue ?

Lorsque nous partons à l'étranger et que l'on voit des scènes trés dérangeantes comme tu viens de le décrire mais à la seule condition, (bien évidemment) que la personne engagée soit mineure, en ce qui nous concerne, nous prenons une photo et la diffusons sur le Net.
Je pense que si chacun faisait cela, certains touristes sexuels cesseraient de s'afficher !

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