Madaphile V.I.P.


 Age : 65 Inscrit le : 08 Nov 2005 Messages : 205 Localisation : Hautes Alpes
 | Sujet: Croyances et moeurs des Malgaches Mer 29 Nov - 20:12 | |
| Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer deux extraits d'un fascicule que j'ai acheté dans la rue à Tana, écrit par un missionnaire norvégien, Lars Vig, vers 1900, et qui décrit les moeurs malgaches avant la christianisation. Pendant la lecture ayez à l'esprit que c'est l'oeuvre d"un missionnaire.
1) de l'épicurisme, comme M. jourdain faisait de la prose : sans le savoir... Ce que nous avons exposé suffit à démontrer que les païens malgaches sentaient qu'ils ne pouvaient pas d' eux mêmes se libérer de " la faute qui les suivait comme un chien ", mais qu' ils devaient " emprûnter quelqu' un pour l'enlever ". Les vieux païens étaient, comme nous I'avons démontré, persuadés que leurs actes entrainaient soit une récompense soit un châtiment. Mais ils pensaient surtout aux conséquences fâcheuses de leurs mauvaises actions. Le mal qui se manifeste dans la vie déchaînée d' un païen, est plus apparent que les beaux traits qu' on trouve aussi chez les païens, et le châtiment qui suit le mal se remarque mieux que la récompense obtènue pour une bonne action. Les idées qu'ils se faisaient au sujet de châtiment et de rétribution ne dépassaient pas les limites de la vie terrestre. Les personnes ou les objets dont ils se servaient comme substituts, n' étaient, en tout cas, pas censés enlever un châtiment quelconque dans une existence au-delà de la mort. " Pour ce qui vient après la mort, c'est Dieu seul qui choisit ", - disent les sages malgaches. Aucun sacrifice n' est donc utile pour procurer la félicité dans la vie à venir. L' homme est d' ailleurs impuissant dans ce domaine. C' est tout différent quand il s'agit de la vie terrestre. " La vie est douce ", et il importe d'en jouir aussi longtemps qu' elle dure, Il faut donc par tous les moyens, y compris les actes de substitution, protéger la vie afin de pouvoir en jouir aussi longtemps que possible. Car il y a tellement de choses qui, sous la forme.de malheur, de souffrance ou de maladie, peuvent pénétrer dans I'homme, et mettre un terme à la jouissance de la vie. Autant un paien malgache se réjouit de la vie " vie douce ", autant porte-t-il dans son coeur la crainte de ne pas obtenir "sa part de vie ". La mort est toujours là, menaçante. Derrière la façade de la vie légère, riante, insouciante et bruyante d' un pàien se cache une souffrance lourde et secrète. Dans ce pays, comme partout, les païens sont " à cause de la crainte de la mort, réduits à l'esclavage pour la durée de la vie ". C'est cette crainte obsédante qui les a poussés à chercher des substituts parmi les hommes, les animaux et même dans les objets inanimés. Comme on peut s'y attendre, la mentalité et les pensées qui se manifestent ainsi, sont empreintes d' égoisme païen. Mais l'idée de substitution et l'aspiration religieuse, qu' elle révèle, offrent le meilleur point de contact pour notre prédication de Celui " qui s' est livré pour nous afin de pouvoir nous racheter de toute iniquité et de purifier un peuple qui lui appartienne en propre, zélé pour le bien".
2) une conception très "moderne" du couple Il faut que je mentionne, dans ce contexte, un des points les plus sombres dans la vie morale des Malgaches : Des femmes, mariées ou non. pouvaient, avec l'aide d' un sorcier, provoquer la stérilité. Ceci était aussi conforme à leur vue sur la morale en tant que morale utilitaire.
Ceci vaut aussi pour le mariage. Il reposait, pour sa célébration, sa continuation et sa dissolution, entièrement sur la morale utilitaire. Le mariage n'était pas " noué au moyen de noeuds, mais par des coulisses". Il pouvait donc être facilement dissolu.
Les païens malgaches, ayant de vues semblables, devaient considérer la doctrine chrétienne de l' indissolubilité du mariage comme une exigence déraisonnable, impitoyable et insensible.
Ils trouvaient, conformémént à leur morale utilitaire habituelle, qu' il " valait mieux se séparer que se disputer ". Quand ils se séparaient et que la femme retournait dans sa famille " elle se réjouissait d'être parmi les siens ". Leur vie commune n' amenai t que des altercations. " Le mari disait des paroles de mâle et la femme geignait comme un poussin". Et plus elle geignait, plus fortes devenaient les paroles de mâle.
Forcer des epoux semblables à vivre ensemble aurait pour résultat de "rendre les Personnes qui étaient malheureuses et attristées encore plus tristes et malheureuses"
La Mission trouvait ici un des plus grands obstacles, lié étroitement à la vieille morale populaire.
Tout ce qui était décidé par convention mutuelle, ayant pour effet de " fortifier l'amitie mutuelle", était bon. Ainsi le divorce était bon lorsque le mari, au moment du divorce, "remerciait sa femme" pour le temps qu' ils avaient vécu ensemble et pour le bien qu''elle lui avait fait pendant leur vie commune. Ils se séparaient alors "à l'amiable" et se rencontraient ensuite comme de bons amis. Il n'était pas non plus exclu que, plus tard - après que chacun eut peut-être contracté d'autres mariages ils puisent renouer des relations antérieures. C'était bien à cause de cette pratique que le divorce à Madagascar s'appelait "fisaoram-bady" remerciement de la femme et divorcer : "remercier sa femme"
Dans les discours prononcés a l'occasion d'une noce, le père de l'épouse, ou son tuteur, glissait quelques belles phrases pour conseiller qu' en cas de divorce, la manière employée par le mari pour "la déposer" (mametraka = qu'on place, qu'on dépose, qu' on renvoie ), soit égale à sa manière de " la faire monter', (mampakatra = faire monter, épouser une femme). L'épouse " était montée "au domicile de son mari. D'où le nom donné aux noces fampakaram-bady l'action de faire monter, l'action d'épouser. Le mari était appelé "mpampakatra celui qui fait monter, et l'épouse : "ampakarina celle qu'on fait monter, qu'on prend pour épouse le jour des noces.
Pendant le "fampakaram-bady" régnaient la joie et la satisfaction réciproques. Il devait aussi en être ainsi le jour du divorce. Comme nous le voyons, on s'arrangeait pendant les noces pour que la morale utilitaire ne s'appliquât pas uniquement au bénéfice du "maître de la femme", mais que la femme en profitât aussi. On peut dire que la morale utilitaire ici, comme dans d'autres circonstances de la vie, se corrigent jusqu' à un certain degré. Ainsi un mari ne pouvait pas aller aussi loin ou agir aussi sévèrement que n' autorisait à le faire le droit coutumier. Il pouvait, selon ce droit, "renvoyer sa femme"' sans façons et lui interdire de se remarier, Une telle interdiction, qui condamnait la femme à vivre dans la pauvreté et la misère, jusqu'à ce que ses cheveux fussent devenus gris et qu'elle eut besoin d' une canne pour marcher, était appelée : "suspendre sa femme". (Dic. Malzac : Manantom-bady=renvoyer une femme sans divorcer, en lui refusant la faculté de se remarier)
Si enragé que pouvait être un homme grossier, au coeur dur, à satisfaire sa soit de vengeance par un renvoi brutal de sa femme, il était obligé d'accorder ses actions aux considérations de son propre bien. SI il procédait avec brutalité et dureté de coeur, il s'exposait à ce qu'aucune des femmes du pays n'acceptât de se marier avec lui. Il risquait, en plus, d'être "saisi d' un kabary" c'est-à-dire d'un procès avec la famille de la femme répudiée. Si cette famille était riche, il pouvait en cuire de cet homme sans coeur de n'avoir pas " remercié sa femme " mais de l'avoir "déposée", "répudiée" sans façons. Il courait le risque de perdre la plus grosse partie de sa fortune au cours de ce procès.
Il y avait pourtant quelque chose qu' il craignait encore plus qu'un procès. C'était la sorcellerie. La femme répudiée pouvait s' adresser à un sorcier et obtenir qu' il "réponde" (mamaly, rac. valy, peut avoir le sens de : répondre, venger. (Dic. Malzac ) à son ex - mari pour la mortification qu' il lui avait causée. Une telle Il réponse " pouvait être grave : il y allait de la vie. Les Malgaches étaient persuadés que les sorciers, par leur magie, étaient capables de tuer. Il est vrai que la personne visée par la sorcellerie mourait; mais cela se passait tout naturellement par un empoisonnement ou un assassinat. C'était pourtant la puissance magique de la sorcellerie que les Malgaches redoutaient. L'idée d'assassinat n'était pourtant pas exclue, surtout si la femme répudiée était liée à un homme qu'elle ne pouvait pas épouser, aussi longtemps que son ancien mari ne le permettait pas. Cet appréhension I'obligeait la plupart du temps à céder.
La morale utilitaire avait appris aux païens malgaches à être prudents. lis s'en tenaient, à ce sujet, à un de leurs vieux proverbes : "La vie est comme une bêche unique. Si elle casse, elle est irremplaçable". On devait avancer sagement et prudemment et ne pas brusquer les choses. La bêche unique pouvait casser. " Le sage cède", disaient-ils. Si la personne concernait manquer d'entendement, les parents et les amis devaient lui venir en aide avec de bons conseils et des rappels amicaux. "Le coeur est comme l'eau bouillante" disait-on souvent dans les allocutions prononcées à l'occasion d' un mariage. Il y avait dans ses paroles une bonne dose de réalisme malgache. "Un mariage ne doit pas être vanté, s'il n'a pas duré un an" disait un de leurs proverbes. Dans l'union conjugale, le coeur pouvait, comme l'eau bouillante, "déborder de colère brûlantes" et d'amertume, c'était alors aux familles des deux côtés d'intervenir afin de refroidir l'eau bouillante par le moyen de bons conseils et d'essais de médiation.
Mais une médiation s'avérait souvent impossible, surtout si le divorce avait été par un acte de sorcellerie, venant du côté de l'homme ou du côté de la femme. On sait que les maris malgaches pouvaient échanger des femmes pour un temps déterminé ou définitivement, et qu'ils pouvaient céder leur femme à un hôte rénommé pendant la durée de sa visite. Si un tel homme arrivait à la maison de son ami pendant son absence, il vivait avec Il épouse de I'ami. Quand il rencontrait le "maître de l'épouse" c'est-à-dire son propriétaire, il devait faire des excuses et lui offrir de I'eau de vie. Tout cela "n' était qu'amitié et fortifiait I'amitié". Mais s'il apprenait qu'un homme essayait de gagner l'amour de sa femme et de l'attirer par magie, "sa colère s'enflammait". Un combat pouvait en résulter et se terminer par la mort d'une des parties.
De telles oeuvres des ténèbres - séparer les époux, attirer des femmes par magie - recevaient dans I'idolâtrie une sorte de consécration religieuse. Cela était vrai aussi pour les brigands, les voleurs et autres malfaiteurs, Cette forme de I'idolâtrie faussait entièrement la morale, Elle transformait le noir en blanc et le blanc en noir. Elle a ainsi fait plus de tort au peuple malgache que ne pensent la plupart des gens. |
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Mélodie FONDATRICE


 Age : 29 Inscrit le : 03 Aoû 2005 Messages : 1810 Localisation : Mon corps en France, Le reste à Mada
 | Sujet: Re: Croyances et moeurs des Malgaches Mar 5 Déc - 16:16 | |
| la sorcellerie est très présente à mada sur dans les villes provinciales, majunga, sambava entre autres sont très réputées pour cela!! On y croit ou pas, mais faites moi confiance j'ai vu vraiment cela de très près!!! |
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orchidée44 VAOVAO


 Age : 20 Inscrit le : 17 Sep 2006 Messages : 41 Localisation : loire atlantique france
 | Sujet: Re: Croyances et moeurs des Malgaches Jeu 7 Déc - 16:46 | |
| | je ne savais pas qu'à mada ça existait encore, ce que j'ai lui plus haut est très intéressant. Moi la sorcellerie je n'en ri pas car maman a à la maison une cassette d'un moine je t'assure que ça fait peure mais bon il ne faut pas non plus y mettre une grande importance il faut rester prudent. |
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R@koto Modérateur


 Inscrit le : 27 Sep 2005 Messages : 2574 Localisation : dans la brousse
 | Sujet: Re: Croyances et moeurs des Malgaches Jeu 31 Juil - 19:03 | |
| on pourrait aussi beaucoup discuter de ce sujet
une nouvelle de l'Express du 31 juillet 2008
source : http://www.lexpressmada.com/display.php?p=display&id=19440
| Citation: | SOCIAL
Droits de l'Homme Les jumeaux abandonnés émeuvent l’étranger Grand débat autour de l'abandon de jumeaux à Mananjary. Cette pratique des Antambahoaka est critiquée au niveau international.  L’abandon des jumeaux est une pratique traditionnelle au sein des Antambahoaka. L'abandon des jumeaux dans la communauté Antambahoaka est critiqué au niveau international. Le comité des Nations unies pour les droits de l'Homme encourage Madagascar à se pencher sur cette pratique qui viole les droits des enfants. « Madagascar est appelé à prendre des mesures drastiques pour éradiquer le problème et pour assurer la préservation des jumeaux dans leurs familles biologiques », explique Dr Gracy Fernandez du Centre d'analyses et prospectives pour le développement à Madagascar (Capdam). Jusqu'à maintenant, les jumeaux portent malheur selon les croyances Antambahoaka, d'où la décision des parents de se débarrasser d'eux. Sans tenir compte de la souffrance des enfants abandonnés. Longue route Pour mieux cerner le problème, le programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le ministère de la Justice a financé une étude qui aborde pour la première fois le cas des jumeaux de Mananjary. « Sept sites dans Mananjary sacrifient les jumeaux. Ces derniers sont confiés à des proches, ou placés dans des centres d'accueil ou encore abandonnés », explique Nelly Rasoanaivo, historienne chargée de l'étude réalisée en juillet 2007. La pratique est telle que l'enregistrement des jumeaux nés dans les hôpitaux est difficile. « Ces naissances sont peu déclarées alors que le nombre de jumeaux placés dans les centres d'accueil s'élèvent à plus de 230 depuis 1987 », renseigne la membre de l'équipe d'enquête. Mais la route demeure longue pour Madagascar. « La loi n'est pas suffisante pour éradiquer le problème. Après cette étude, les discussions doivent être ouvertes à tous les niveaux », souligne Lucien Rakotoniaina, responsable du projet droit de l'Homme au ministère de la Justice. La participation des chefs coutumiers aux débats est dèjà une victoire. Ces derniers ne sont ni pour ni contre l'arrêt de la pratique. Fanja Saholiarisoa Date : 31-07-2008
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Mélodie FONDATRICE


 Age : 29 Inscrit le : 03 Aoû 2005 Messages : 1810 Localisation : Mon corps en France, Le reste à Mada
 | Sujet: Re: Croyances et moeurs des Malgaches Ven 1 Aoû - 13:04 | |
| | Citation: | | ...La participation des chefs coutumiers aux débats est dèjà une victoire... | Effectivement, c'est déjà une victoire, car ils sont très écoutés par leur communauté. C'est tellement arriéré cette "tradition" que ça en est ridicule! Quelle mentalité! |
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