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 Ecrivain gasy de talent

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Greg be revy
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MessageSujet: Ecrivain gasy de talent   Mar 21 Aoû - 21:05

Salut, il y a 4 ans, j'ai rencontré à Tours Jean Luc Raharimanana lors d'un festival.

Bref, c'est un trentenaire d'un talent incroyable.Je vous conseille vivement la lecture de ses écrits.

" Lucarne" : recueil de nouvelles éditées au Serpent à plumes, collections: motifs.
" L'arbre anthropophage" qui traite de 2002 et de l'histoire de son père, journaliste à Mahajunga, pendant les évenements pas très clair des elections.

"Nour 1947": un roman sur la "pacification" des français en 1947 à Mada.
"1947" : petit fascicule sur 1947 & le travail de mémoire qui reste à faire apparemment...
"Rêves sur le linceul" : poésies sur 1947.


Jean Luc vient à Tours tous les ans pour le festival " Plummes d'Afrique" et nous nous revoyons à chaque fois; d'ailleurs c'est lui qui m'appelle Greg be revy...
J'en suis flatté ! lol
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R@koto
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Mar 21 Aoû - 23:18

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R@koto
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Mar 21 Aoû - 23:25

A propos voici sa dernière contribution


Citation :
Rebonds

source : http://www.liberation.fr/rebonds/271587.FR.php

Réactions au discours du chef de l'Etat à Dakar le 26 juillet
Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
Plusieurs écrivains africains se joignent à Raharimanana pour répondre au président français.
QUOTIDIEN : vendredi 10 août 2007

Monsieur le Président,




Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.
Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.
Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.
Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?
Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.
Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?
Sincèrement et franchement à vous.
Antananarivo, le 3 août 2007
Raharimanana et les écrivains
Boubacar Boris Diop (Sénégal),

Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),

Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),

Kangni Alem (université de Lomé),

et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).



Vous en pensez quoi ?

Le débat est ouvert
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jipi zanatany
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MessageSujet: jipi zanatany   Mer 22 Aoû - 1:46

je souscris a 100%
rien a dire de plus
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polaris
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Mer 22 Aoû - 12:36

Entièrement d'accord. Je connais mal l'histoire de Madagascar mais ce qui est dit sur l'Afrique en général et la position condescendante de la France, donneuse de leçons dans ses discours et de l'autre commerçante sans scrupules avec les dictatures, me semble totalement vrai

L'histoire de nos rapports avec les Africains n'occupe qu'une place dérisoire dans nos livres d'histoire. Nos concitoyens comprendraient bien mieux les dérives contemporaines en matière de violence et d'immigration s'ils savaient que la France en est en grande partie à l'origine.
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Greg be revy
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Mer 22 Aoû - 12:42

Les français "de souche" ne se posent que très rarement la question suivante : pourquoi

sommes-nous un pays riche? la réponse n'est pas le fois gras ou bien le parfum.

Mais içi, nous préchons déjà des convertis !
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Robinson
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Mer 22 Aoû - 23:55

jipi zanatany a écrit:
je souscris a 100%
rien a dire de plus

moi aussi et complètement !
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michka79



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MessageSujet: je trouve ce pamphlet   Ven 24 Aoû - 23:37

je trouve ce pamphlet de Raharimanana totalement vrai et très bien écrit, je le connaissais..;
moi aussi je l'ai rencontré au salon du livre et je l'ai même interviewé pour un magazine intimiste.. mais je t'admire parce que moi je trouve sa prose très difficile d'accès!
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R@koto
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Ven 24 Aoû - 23:52

c'est quoi un magazine intimiste? TON BLOG?
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MessageSujet: Za, magnifique dernier roman de Raharimanana   Jeu 20 Mar - 20:08

le livre du mois de mars





Citation :
Raharimanana :

"Publier peut être une provocation, mais pas écrire"


Propos recueillis par Virginie Andriamirado et Claire Mestre

publié le 20/03/2008

source : http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=7446


Za, magnifique dernier roman de Raharimanana aura laissé plus d'un lecteur - public ou critique - sans voix. Parce qu'il entraîne ses lecteurs sur d'autres sentiers, Za étonne, perturbe, fascine, rebute parfois. De passage à Bordeaux le 9 février dernier (1) pour présenter son roman, Raharimanana a raconté la naissance de Za et en quoi son écriture répondait à une nécessité d'investir une langue personnelle.


Za, pourquoi ?
Kangni Alem (2), lance un jour l'idée d'un recueil collectif autour du huitième péché en référence aux sept péchés capitaux. Je ne savais pas trop ce que cela signifiait mais pour lui faire plaisir, j'ai décidé de me mettre à écrire. J'ai réfléchi à ce que pouvait bien être le huitième péché et je me suis dit que ça pouvait être le Za vous emmerde. J'ai donné la nouvelle à Kangni et j'ai eu envie de prolonger ma réflexion.
On nous parle tout le temps de la question de la langue française et je me suis dit qu'il fallait que j'emmerde aussi la langue française. Mais ces explications en cachent peut-être d'autres. Le véritable point de départ, c'est ce personnage de Za qui se trouve dans une misère pas possible mais aussi dans une situation identitaire figée. Je ne parlerais pas d'une double identité mais d'une identité figée entre l'identité "française" et "malgache". L'utilisation de cette langue qui est à la fois ici et là-bas et qui est pratiquée des deux côtés.
Chacun revendique une identité dans cette langue mais quand je parle en français, quand je parle en malgache, je ne change pas, j'ai la même identité. Du coup, il me fallait enlever le je qui ne me dit pas beaucoup de choses et mettre le za qui me dit beaucoup de choses. Za en malgache, c'est moi, c'est je. Mais si je dis izaho - terme "normal" pour signifier le je - je me situe plus dans la langue autorisée, la langue de l'écriture. Za appartient au langage parlé. Un malgache va vous dire za avant de dire izao.
Le livre parle de cette identité figée quelque part entre deux langues et Za me permettait aussi de dire tout ce que je voulais.
L'identité, l'oralité et l'écriture
Za, aborde d'abord une question identitaire avant celle de l'écriture. Dans tous mes textes la question du je s'est toujours posée. Est-ce que je vais dire je ou il ? Finalement j'utilisais le je mais ce je là était plus un je d'écriture. En littérature française il y des règles bien précises pour mettre le narrateur à la première personne et je m'y reconnaissais puisque j'ai utilisé ces règles mais en même temps, ce n'était pas complètement moi.
Prendre le za, c'était pour moi une manière d'investir une langue réellement personnelle… sans parachute, en oubliant le style et les courants littéraires. À partir de là, je n'ai plus l'impression de tricher dans l'écriture.
La question de l'oralité est aussi présente dans ce texte qui est introduit par les excuses et dires liminaires de Za. J'ai choisi la forme habituelle du Kabary (3) qui est le grand discours à Madagascar où l'on s'excuse avant de parler. Je m'imaginais ce personnage de Za, zézayant et qui, de ce fait, n'a pas le droit de prendre la parole. Ce personnage prend la parole et s'excuse comme dans tout kabary.
J'ai aussi eu recours à d'autres formes d'oralité, le sôva, genre littéraire de l'Ouest de l'Île et chez les tsimihety dont mon père est originaire. Le sôva invite à se moquer de tout le monde. Je l'ai donc introduit dans ce kabary introductif où normalement on ne se moque pas.
Le zézaiement du personnage fait que les mots signifient autre chose. Quand il dit za va bien, parle t-il de lui ou pose t-il la question ? Son zézaiement joue sur l'ambiguïté des mots, au lieu de dire chuchoter, il va dire zuzoter ce qui peut évoquer autre chose.
Dans mes brouillons il y avait des Z partout. Alors forcément, visuellement, ça raye aussi la lecture des choses et je me suis demandé jusqu'ou j'allais zézayer comme ça. Vers la fin du roman où le personnage se pose, il y a toute une partie ou les "che" et les "z" disparaissent.
La poésie et la folie
Za n'est pas qu'un fou qui zozote. Il est aussi un poète. D'autres choses sont revenues avec cette écriture-là que j'ai eu du mal à formuler dans mes livres précédents. Tana [Antananarivo] est une ville très calme et silencieuse mais aussi une ville où la parole est extrêmement nuancée. Toutes les paroles ne sont pas visibles. On y croise régulièrement ces "fous" qui tiennent kabary (grand discours à la malgache) au milieu de la rue. Tout le monde fait semblant de croire qu'ils sont fous mais tout le monde les écoute malgré tout. Ce sont ces gens-là, qui, quelque part, portent la parole d'une certaine couche de la population et cela m'a extrêmement intéressé. J'ai donc repris ce personnage de Za, qui, sous couvert de folie, peut tout dire.
Le personnage est schizophrène. Moi auteur, je ne peux pas croire ce qu'il me raconte et je voulais retranscrire le fait qu'il dise des choses vraies mais qu'il ne pouvait avoir vécues.
Jouer sur les niveaux de langue me permettait aussi de jouer sur les niveaux d'identité.
A un moment, le personnage est dans une pensée tout à fait malgache. Quand on s'excuse en malgache, il faut cinq pages pour le faire. C'est une attitude très malgache qui n'existe pas dans la littérature française ! Il faut entrer dans cette conception de la parole malgache pour accepter l'introduction de Za. Je sais qu'elle a rebuté un certain nombre de personnes, mais le personnage est comme ça.
Il y a par ailleurs dans le roman une littérature extrêmement codifiée. Il passe comme ça d'un niveau de langue à un autre, ce qui me permettait de rentrer dans la langue française.
Si je mets cette logique de la langue malgache dans la langue française, qu'est-ce que ça donne ? J'étais curieux de le voir.
Écrire là où ça me fait mal ?
Mon écriture n'a pas pour but de faire mal au lecteur. Mon rêve d'écriture ce n'est pas d'écrire sur ce qui fait mal, mon rêve d'écriture c'est la poésie, c'est m'émerveiller devant les choses mais je ne peux pas non plus oublier le contexte dont elles sont issues. Il y a aussi d'autres choses.
Plus les gens me disent que mes livres sont "violents", plus je suis convaincu que ce n'est pas cette violence qui les gène mais le fait que je puisse mettre de la poésie sur la violence. C'est cette question d'esthétique de la violence qui perturbe énormément le lecteur.
Il y aussi le rapport avec cette terre qui est Madagascar ou le rapport avec la corruption en général (corruption du corps, politique etc.). On n'a pas envie de montrer que petit à petit la corruption, la décomposition nous gagne, moralement, physiquement ou politiquement.
On a toujours envie de présenter le meilleur de nous-mêmes, or l'homme n'est pas comme cela. L'homme est destiné à cette décomposition et sa grandeur c'est de lutter contre cette décomposition, de toujours trouver le meilleur de soit. Quand on est dans un contexte comme celui de Madagascar à l'image de tant d'autres pays pauvres, il est encore plus difficile d'éviter cette corruption du corps, cette décomposition de soi-même face à toutes les difficultés économiques.
Face à cela et autour de ce paradoxe de l'homme, je me pose cette question de l'écriture, de chercher cette poésie, de chercher à toujours rester dans cette poésie malgré l'impossibilité.
Et c'est cela que je donne à voir dans mes livres : cette lutte perpétuelle entre le sublime et la décomposition.
La langue appropriée
J'ai commencé à publier en français mais j'écris aussi en malgache. Je vais, en principe, prochainement publier un recueil de poèmes malgaches et en ce moment j'écris en malgache. J'ai publié il y a un certain temps quelques poèmes dans la Revue Noire (4) et quelques nouvelles en malgache circulent.
J'avais essayé de lancer ce débat sur la langue il y a quelque temps lors d'une rencontre d'auteurs à Montpellier, mais beaucoup d'entre eux m'avaient dit que c'était un débat dépassé et que les langues africaines n'étaient plus parlées que par quelques milliers de personnes.
Il y a en effet des auteurs dont les langues sont en train de disparaître. Il faut quand même le savoir. J'en connais dont la langue n'est plus parlée que dans leur village, et dans deux ou trois générations, elle n'existera plus. La situation est très différente à Madagascar. La langue malgache a déjà une littérature assez importante. Elle nous était enseignée à l'école et nous avions accès à de nombreux livres publiés en malgache.
Beaucoup de gens pensent que les auteurs francophones malgaches, notamment ceux de ma génération, écrivent en français à cause de la malgachisation qui relevait plus d'une idéologie "communiste à la malgache" que d'une politique linguistique. Selon cette explication que je ne partage pas, cette malgachisation idéologique aurait eu un impact négatif sur les auteurs qui auraient refusé d'écrire en langue malgache.
J'identifie très bien le moment où je n'ai pas pu écrire en malgache ou plutôt celui où j'ai commencé à écrire en français : c'est en voyant des scènes de violence à Madagascar. J'habitais à Ambohipo, un endroit entouré de collines qui n'est aujourd'hui plus aussi poétique qu'avant. Je parcourais les villages pour me faire raconter des histoires de vazimba (qui dans la mythologie - ou dans l'histoire, on ne sait pas très bien - seraient les premiers habitants de Madagascar). Ils habitent les montagnes et ont le pouvoir d'être invisible. Avec ces histoires de vazimba et de sorcières que je me faisais conter, j'étais au cœur de cette langue malgache. J'étais suivi par une dizaine de garçons et de filles auxquels je racontais les contes que je recueillais et c'est comme ça que j'ai commencé à entrer dans le récit sans savoir que je pourrai en faire un jour un "métier".
Est ensuite arrivée la période où les militaires ont investi l'université d'Angatsy, située non loin de là, après avoir instauré un couvre-feu. Les étudiants se sont alors réfugiés dans notre cité à Ambohipo. Un jour, il y a eu des arrestations et un père (à Madagascar tous les adultes peuvent jouer le rôle de père ou de mère) a été embarqué dans le camion. Quand il a voulu se lever, un militaire lui a donné un coup sur la tête en l'insultant. Cette image est restée dans ma tête et je ne savais pas comment la raconter. J'avais une dizaine d'années. Je n'ai pas pu supporter de raconter cette scène en malgache. Je n'avais pas les mots pour le dire parce que c'était trop proche, parce que ça devenait indécent. Comment retranscrire par exemple l'insulte de ce soldat en malgache ? C'était terrible de penser cette scène en malgache, c'était beaucoup plus facile en français. La langue française me permettait de prendre de la distance et de me dire que j'étais capable de supporter ce que j'étais en train de dire.
C'est ainsi que j'ai commencé à écrire en français. Puis l'école, la découverte d'autres littératures ont fait le reste.
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Jeu 20 Mar - 20:09

suite de l'article :

Citation :
La langue du jeu
Pour avoir la possibilité d'écrire dans une langue, il faut avoir envie de jouer avec, de se perdre dans cette langue. C'est très important de se laisser aller dans cette langue, de presque y perdre son identité, quitte après à se reconstruire.
Dans la langue littéraire malgache, je n'avais pas envie de me perdre. A la maison on parlait un peu sakalava et antankarana. Quand je parlais ces langues à l'extérieur, je m'entendais dire que ce n'était pas du malgache. Quelque part, il y avait ce refus de ma part en étant enfant de ne pas vouloir me perdre dans quelque chose d'incomplet. Je ne voulais pas me perdre dans une langue - le malgache officiel - qui était presque pour moi une autre langue, qui étouffait notre variété. Je n'avais pas vraiment envie de jouer avec la langue malgache.
Je dirais que la langue française a pris de l'avance mais je n'ai jamais abandonné la question d'écrire en malgache. Dans mes brouillons il y a des poèmes en malgache. J'ai essayé de traduire des auteurs en malgache comme Malcolm de Chazal, un écrivain mauricien que j'adorais.
Pour moi c'est extrêmement logique de me remettre au malgache parce que j'ai la maturité maintenant de pouvoir tout dire en malgache et de choisir ma langue sans aller vers la langue académique ou littéraire. Ce que je craindrais le plus dans la langue malgache, c'est de simplement me cantonner à la langue littéraire en cours. Elle a son histoire. Elle se base sur la variété des Hauts Plateaux. On l'accepte comme ça parce que c'est notre histoire et que la traduction de la Bible est passée par-là. La plupart des romans et poèmes se sont fait dans cette variété de langue. Mais moi j'ai aussi hérité d'une autre variété à partir du sakalava et l'antankarana. Chez les antankarana on peut dire merde facilement sans choquer les gens.
Je ne peux pas me sentir à l'aise dans la langue académique. J'investis maintenant d'autres variétés de cette langue malgache, que je dirais inachevée. On a choisi une facette de la langue malgache mais les auteurs, les poètes, les linguistes n'ont pas fini de l'explorer. En français, cette question-là ne se pose pas.
Le dernier passage de Za est tiré d'un conte que j'ai pris chez les betsileo. Il raconte l'histoire d'une femme qui ne veut épouser personne et qui finit par tomber amoureuse de Ratovo. Après une nuit d'amour, il est blessé par un rival et s'enfuit - selon moi - par lâcheté. Il veut par contre montrer sa blessure et va nu de village en village raconter son histoire. Ce conte dit en malgache, en betsileo avec d'autres lexiques qu'on ne retrouve pas dans la langue littéraire actuelle, est très beau à entendre.
Je peux me contenter de prendre l'histoire et de la raconter en français. Mais si je veux aller dans la langue malgache et écrire dans cette langue à partir de mes recherches sur les contes, les mythes et toutes ces voix différentes qui s'expriment dans tout Madagascar, je suis obligé de sortir de cette langue littéraire. Cela en choquera peut-être certains qui considéreront que je fais de la provocation. Mais pour moi c'est une démarche littéraire avant d'être une provocation. Publier peut être une provocation, mais pas écrire.
Plus de vingt ans ont passé. Maintenant, il y a mon parcours littéraire, ma passion pour les langues que je ne vois plus comme quelque chose de conflictuel ou de difficile, mais comme une aventure littéraire absolument extraordinaire. Je constate qu'à Madagascar, il n'existe pas de roman en sakalava. Qu'est ce que je peux bien trouver là-dedans ? Je pourrais me le dire pour d'autres langues du malgache mais je n'ai pas les moyens techniques ni linguistiques pour m'y atteler.
Les difficultés que j'avais étant enfant ne sont plus aussi sensibles. Aujourd'hui, vous pouvez parler le sakalava ou l'antankarana à Tana sans déranger les gens.
C'est une aventure littéraire qui attend les auteurs malgaches. J'ai envie de m'y engouffrer parce qu'il y a des possibilités de dire que nous n'avons pas exploitées.
Je m'émerveille devant tous ces mots malgaches à ma disposition. Je vais aller dans ce sens. Ma langue d'écriture en malgache va être le fruit de mélanges.
Dans la circulation des langues forcément il y a des choses que nous n'avons pas assez regardées. Un créole qui lit Za est très à l'aise, pourtant il sait bien que ce n'est pas du créole mais il y a des constructions qui dérivent vers des langues mélangées.
Lorsque je m'appuie sur l'oralité malgache et que je la transcris dans une autre langue, c'est la pensée que j'exporte en fait, ou que j'importe. Le créole c'est un peu ça. C'est une autre pensée qui s'est greffée sur une autre langue.
"Rien que chair et rien que tête"
Rien que chair et rien que tête sont des figures qui reviennent régulièrement dans mes livres. Elles étaient déjà dans Rêve sous le linceul et Nour avant de revenir dans Za. Elles appartiennent aux contes malgaches et généralement ce sont des personnages entre deux mondes. Il y a souvent un héros mythique en quête de Zanahary (dieu créateur) et ce héros doit suivre des codes et respecter un certain nombre d'interdits. S'il tombe dans le piège de Zanahary, il n'obtiendra pas ce qu'il est allé chercher et les choses pourront même se retourner contre lui.
Dans ce no man's land entre les morts et les vivants, il y a les rires des rien que chair et rien que tête. Les rien que chair peuvent être des zébus sans peau, recouverts de mouches.
Le héros ne doit pas se moquer de ces animaux sans peau car il ne doit pas rire de ce monde obscur que Zanahary a créé. Dans ce monde-là, il y a plein de choses bizarres comme des arbres sans ombres, des poissons sans arêtes etc.
Je trouvais ces images passionnantes mais je n'arrivais pas à les comprendre en tant que personnage dans les contes. Et j'ai décidé de donner à ces créatures une parole, une vie, tout en me demandant comment les animer d'avantage.
Rien que tête est un petit garçon. Tous ses frères ont un corps superbe et lui n'est que tête. Il ne l'accepte évidemment pas et demande à Zanahary pourquoi il l'a créé ainsi. Son dieu lui dit : "tu es comme ça, ne cherche rien". Alors il allume un feu dont la fumée va monter jusqu'à Zanahary et étouffer le monde des dieux. Ceux-ci sont obligés d'aller, avec les ancêtres, voir Rien que tête pour savoir ce qu'il est réellement ? Et c'est à partir de ce moment-là que son identité commence à se poser.
Dans la plupart des versions politiquement correctes de cette histoire, le garçon retrouve un corps et devient aussi beau et fort que ses frères. Mais dans d'autres versions, il va continuer à brûler la forêt, à déranger les gens parce que Zanahary l'a maudit et l'a condamné à rouler comme une pierre.
La réception du livre
Les gens qui ont lu Za ont souvent deux réactions différentes : soit ils ont un sourire en biais, soit ils me disent que je leur ai fait mal. Ce qui est nouveau pour moi, c'est le sourire parce que généralement lorsque les gens sortent de mes livres ils ne sourient pas vraiment. Mais je n'ai pas eu beaucoup d'échos des critiques littéraires qui sont généralement plus réactifs. J'ai senti que beaucoup d'entre eux ont eu besoin de prendre leur temps.
Pour moi, la question de la réception du lecteur est un faux problème : si je reviens sur mon premier livre Lucarne (5), certains lecteurs n'y ont pas trouvé leur compte et me l'ont jeté à la face. Mais pour moi c'était une très bonne réaction, parce que cela signifie que Lucarne les a touchés quelque part.
Il m'est impossible d'imaginer le lecteur en écrivant Za ou quelque autre roman. Il n'y a pas de lecteur type. Je suis seul face à l'écriture, face à mes personnages et ce personnage de Za arrive avec un zozotement. Il m'affirme qu'il a été torturé et c'est pour cela qu'il parle ainsi parce qu'il ne peut pas parler autrement. Puis il m'a emmené un peu partout dans les villes malgaches. Il est à nouveau torturé avant de se retrouver attaché à un lit d'hôpital, puis caché dans un linceul et promené partout comme c'est la coutume à Madagascar. À la fin il dit "stop je ne bouge plus". Donc, moi auteur, qu'est ce que je fais face à un personnage qui ne bouge plus ? Cela explique certaines formes d'écriture en œuvre dans le roman.
Le personnage veut mourir mais, sauvé par le hasard, il n'y parvient pas.
Me retrouver face à une écriture qui n'arrive pas à s'achever, me fait revenir à la question de l'identité figée. Ce personnage-là n'a pas envie de finir son histoire, il n'en a peut-être pas non plus la possibilité. Comme il fallait bien que je finisse ce livre, j'ai trouvé une astuce en décidant de livrer les chapitres en vrac. Aux lecteurs de trouver leur compte !
Za, Raharimanana, éditions Philippe Rey, Paris, janvier 2008

1. Dans le cadre de la manifestation Madagasc'arts, rencontre culturelle autour de Madagascar du 7 au 9/02/08
2. Romancier, traducteur, dramaturge et metteur en scène né au Togo en 1966
3. Le kabary, discours qui doit accompagner toute cérémonie et même tout acte important de la vie malgache
4. N° 26, sept. oct. nov. 1997
5. Recueil de nouvelles édité au Serpent à Plumes, 1996


pour acheter le bouquin : http://www.laterit.fr/boutiquelaterit.htm
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   Sam 22 Nov - 21:54

Je ne connaissais pas du tout cet écrivain, et voulant un peu connaître la littérature malgache francophone, par hasard j'ai acheté le recueil de nouvelles "Lucarnes".

Ce livre m'a bouleversée à un tel point que j'ai eu du mal à aller jusqu'au bout !

Cet écrivain a un réel talent !

Je ne dirais pas que c'est un "plaisir" de le lire (!) mais en tout cas, il ne laisse pas indifférent.


Dans l'interview qu'a mis R@koto plus haut, Raharimanana dit ceci :
"C'est cette question d'esthétique de la violence qui perturbe énormément le lecteur".

C'est tout à fait ce que j'ai ressenti. Une "violence poétique".


En tout cas, ce sujet me donne envie de lire "Za"...
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MessageSujet: Re: Ecrivain gasy de talent   

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