LES TOURISTES FUIENT TOAMASINA - LA FIÈVRE S'ATTAQUE À L'ÉCONOMIE
Quand le touriste fait défaut, ce sont les tireurs de pousse-pousse qui se tournent les pouces !
Les retombées de l'augmentation significative des cas de fièvre pèsent sur le tourisme dans la ville de Toamasina. Les annulations de réservations dans les hôtels se multiplient.
Une destination à éviter. L'image de Toamasina s'est détériorée en l'espace de quelques semaines, plus précisément depuis la multiplication des cas de fièvre. Cette ville de l'Est paie les lourds tributs de la maladie car s'y rendre fait peur au plus grand nombre.
Pour preuve, les annulations de réservations dans les hôtels et de places dans les taxi-brousse à destination de Toamasina augmentent de jour en jour. D'après certains gérants, "près de 30 % des chambres d'hôtels déjà réservées ont été décommandées au cours de ce mois". Quant aux transporteurs, certaines coopératives ont réduit le nombre des véhicules qui desservent Antananarivo et Toamasina. "Désormais, trois à quatre voitures par jour suffisent, au lieu des cinq à six d'il y a quelques semaines", fait savoir un distributeur de tickets à la coopérative Vatsi. Un responsable de Kofito a même annoncé: "Nous sommes passés de quatre à une voiture par jour". Kofimanga les a aussi suivies. "D'autant plus que quatre conducteurs qui travaillent pour nous ont été touchés par la maladie", confie Ndimby, un responsable de cette dernière coopérative.
"La situation a été constatée depuis la mi-février, notamment à partir du moment où le plus grand nombre a assimilé l'augmentation significative des cas de fièvre à une présence du chikungunya dans la province", affirment certains hoteliers de la ville du Grand port.
"Les informations sur la maladie, rapportées dans la plupart des journaux, ont créé la psychose. Elles ont fini par faire fuir les touristes", dénonce une responsable de l'hôtel Génération, contactée par téléphone. "C'est tout à fait normal si personne n'ose plus traîner dans une ville où une telle maladie sévit", se désole-t-elle.
Période creuse.

Les rues de Toamasina sous la pluie : la fièvre n'est pas la seule cause de la défection des visiteurs.
Certes, le mois de février est, en général, une période creuse, mais les retombées de la maladie ont aussi quelque peu pesé sur le tourisme dans la capitale betsimisaraka. "En temps normal, le taux d'occupation des chambres avoisine les 55 % en cette période. A l'heure actuelle, il arrive à peine à atteindre les 40 %, soit une réduction de 15 %", annonce un responsable de l'accueil aux Flamboyants. La gérante d'un autre établissement est même allée jusqu'à dire qu' "il n'y a plus que cinq chambres sur quinze qui sont actuellement occupées".
Ainsi les nationaux sont plus nombreux que les ressortissants étrangers qui ne constituent que 10 % des clients. Ce ne sont plus des vacanciers, mais des personnes obligées de se rendre à Toamasina pour des raisons professionnelles.
"Seuls les importateurs qui attendent l'arrivée des bateaux ou encore des personnes en mission occupent nos chambres", reconnaît un responsable. La même situation est constatée chez les transporteurs.
Obligé de s'y rendre pour une raison professionnelle, l'employé d'une société confie: "Pour éviter autant que possible de séjourner longtemps à Toamasina, je préfère prendre le taxi-brousse la veille de mon rendez-vous, arriver dans la matinée, faire mon boulot, et retourner sur Antananarivo dans la soirée". " Par précaution, je me munis de lotions anti-moustiques et avale des médicaments anti-paludéens, comme la chloroquine pendant les trois jours qui précèdent mon déplacement", ajoute une autre personne.

La campagne de désinsectisation et de désinfection bat son plein, mais ne rassure pas la population.
En attendant que la situation s'améliore, les opérateurs hôteliers ont pris des mesures telles équiper de moustiquaires, de bombes anti-moustiques, ou encore de diffuseurs les chambres, assainir les marais et marécages aux alentours de leurs établissements...
De leur côté, les autorités provinciales, régionales et communales, en synergie avec les autorités réunionnaises, se mobilisent dans les opérations de démoustication à travers la pulvérisation et la désinfection. L'objectif étant d'éliminer les gîtes larvaires et de tuer les moustiques.